Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Sorties 2018


Traumatisme profond (Sans jamais le dire)

 

C'est un sujet très lourd auquel s'attaque la cinéaste slovaque Terza Nvotova dans son premier long-métrage de fiction, Sans jamais le dire. Celui des conséquences d'un viol sur une adolescente de 17 ans, commis par un homme qu'elle côtoie tous les jours. Un traumatisme profond marqué par le repli sur elle-même de la jeune fille, incapable de mettre des mots sur ce crime. La réalisatrice vient du documentaire et cela se sent dans sa description de l'environnement familial ou scolaire de la victime de ce fait divers plus banal qu'on ne le croit. Mais Sans jamais le dire est aussi une chronique adolescente et un violent réquisitoire contre une société où la parole des femmes a peu de prix et où les seuls traitements administrés, et psychiatriques, sont d'une grande violence. Entre électrochocs et amnésie de son héroïne meurtrie, le film se perd un peu dans l'excès dramatique quand il évoque un suicide ou le handicap du frère de la protagoniste principale. Avec son montage elliptique et l'interprétation impressionnante de son actrice, Sans jamais le dire, même si son propos est uniformément noir, touche cependant par son absence de concession et sa radicalité expressive.

 

 

Classement 2018 : 205/266

 

La réalisatrice :

 

Tereza Nvotova est née le 22 janvier 1988 à Trnva (Tchécoslovaquie). Elle a réalisé un court-métrage et trois courts-métrages.

 


15/01/2019
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Et la Vierge apparut ... (Troppa grazia)

 

Troppa grazia n'a rien à voir avec le récent L'apparition, que ce soit en termes d'ambition ou de structuration. Le film de Gianni Zanasi (Notamment remarqué pour Ciao Stefano) laisse très circonspect quant à ses visées réelles avec la Vierge Marie qui surgit d'un coup dans l'Italie contemporaine aux yeux d'une géomètre mère célibataire, qui n'est même pas croyante mais très confuse dans sa vie. S'agit-il d'une parabole sur le manque de spiritualité de notre époque, qui n'a foi que dans le supposé progrès ? Peur-être mais les ruptures de ton et le ton ironique qui tend vers la comédie ont de quoi perturber dans ce qui s'apparente à une fable dont on a peine à saisir toutes les subtilités. Une fois que l'on a renoncé à chercher le pourquoi du comment, cela va déjà mieux et on peut admirer la qualité plastique de la photo de Troppa grazia et, surtout, oh oui surtout, l'extraordinaire talent d'Alba Rohrwacher, sans nul doute l'une des toutes meilleures actrices actuelles, tous continents confondus. Grazia à elle, le film est regardable et même parfois divertissant.

 

 

Classement 2018 : 151/265

 

Le réalisateur :

 

Gianni Zanasi est né le 6 août 1965 à Vignola (Italie). Il a réalisé 6 films dont Ciao Stefano.

 


12/01/2019
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Mon année cinéma (2018)

Voilà, c'est fini pour 2018. Ou presque, puisque je verrai sans doute quelques films en rattrapage dans les semaines qui viennent (Troppa Grazia, La saison du diable, etc). Mais mon classement de l'année ne devrait pas être chamboulé. Un film russe, en tête, cela me fait plaisir car c'est une cinématographie que j'aime suivre depuis toujours (Arythmie est également bien placé). D'autres cinémas se sont distingués : américain, israélien, turc, français, libanais, japonais, italien, allemand, marocain, britannique, indien, polonais, brésilien, coréen, argentin, hongrois, portugais, tunisien, islandais, péruvien, danois, chinois, espagnol, belge (je m'arrête ici aux 60 premiers films de mon classement). Cette diversité des provenances est ce qui fait mon bonheur même si, parfois, il est bien difficile de pouvoir voir certains longs-métrages dès lors qu'ils ne sont pas produits aux Etats-Unis ou en France. Heureusement, il y a des festivals qui permettent de voyager partout dans le monde. Et maintenant, place à 2019 avec déjà beaucoup de tentations. Vive le cinéma !

 

 

 

Classement au 2/01/2019 : 

 

1. LETO

2. 3 BILLBOARDS

3. CALL ME BY YOUR NAME

4. FOXTROT

5. LE POIRIER SAUVAGE

6. AMANDA

7. L'INSULTE

8. THE THIRD MURDER

9. L'ORDRE DES CHOSES

10. DOGMAN

11. ARYTHMIE

12. LA REVOLUTION SILENCIEUSE

13. RAZZIA

14. PHANTOM THREAD

15. EN GUERRE

16. LA FORME DE L'EAU

17. UNE VALSE DANS LES ALLEES

18. MONSIEUR

19. 3 JOURS A QUIBERON

20. COLD WAR

 

PUPILLE

AVANT QUE NOUS DISPARAISSIONS

LES FRERES SISTERS

LES BONNES MANIERES

L'APPARITION

IN THE FADE

NOS BATAILLES

THE SPY GONE NORTH

EL PRESIDENTE

 JUSQU'A LA GARDE

LA JUSTE ROUTE

JERSEY AFFAIR

LA DOULEUR

PENTAGON PAPERS

LA BALLADE DE BUSTER SCRUGGS

BURNING

LE GRAND BAIN

DIAMANTINO

THE DISASTER ARTIST

NOTRE ENFANT

THE LAST OF US

MADEMOISELLE DE JONCQUIERES

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

INVASION

THE HOUSE THAT JACK BUILT

MON CHER ENFANT

ROMA

SUSPIRIA

EN LIBERTE !

 

50. WOMAN AT WAR

MON PERE

MA FILLE

DESOBEISSANCE

COME AS YOU ARE

THE GUILTY

LES CHATOUILLES

CORPS ETRANGER

UNE PLUIE SANS FIN

SENSES

EVERYBODY KNOWS

GIRL

LA SAVEUR DES RAMEN

MAUVAISES HERBES

UN 22 JUILLET

FIRST MAN

UN AMOUR IMPOSSIBLE

SICILIAN GHOST STORY

QUIEN TE CANTARA

SILVIO ET LES AUTRES

ABRACADABRA

BRAVO VIRTUOSE

LA NUIT A DEVORE LE MONDE

MEKTOUB, MY LOVE

A L'HEURE DES SOUVENIRS

LA ROUTE SAUVAGE

AU POSTE !

UNDER THE SILVER LAKE

BONHOMME

PARANOÏA

SOFIA

HEUREUX COMME LAZZARO

WILDLIFE

RAFIKI

POROROCA

BLACKKKLANSMAN

PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE

LA MAUVAISE REPUTATION

SHEHERAZADE

L'ILE AUX CHIENS

SEULE SUR LA PLAGE LA NUIT

LES HEURES SOMBRES

TRANSIT

APRES LA GUERRE

KATIE SAYS GOODBYE

THE MUMBAI MURDERS

LA TETE A L'ENVERS

I FEEL GOOD

CHIEN

BAJIRAO MASTANI

 

100. MARY SHELLEY

LA PRIERE

MAYA

FORTUNA

LAND

TESNOTA

WAJIB

MY WONDER WOMEN

CENTAURE

LES ANGES PORTENT DU BLANC

LEAVE NO TRACE

L'EMPEREUR DE PARIS

LES CONFINS DU MONDE

CARMEN ET LOLA

NOBODY'S WATCHING

LOS ADIOSES

THUNDER ROAD

NICO,1988

MOI,TONYA

 MY PURE LAND

LES VEUVES

UN PEUPLE ET SON ROI

LA TENDRE INDIFFERENCE DU MONDE

KURSK

BOHEMIAN RHAPSODY

PLACE PUBLIQUE

LA PERMISSION

LE VENT TOURNE

YOMEDDINE

BIRD BOX

LA VIE COMME ELLE VIENT

MARIO

KINGS

HOSTILES

VERS LA LUMIERE

L'HOMME FIDELE

TULLY

OH LUCY!

VIERGES

MES PROVINCIALES

WONDER WHEEL

FLEUVE NOIR

LADY BIRD

MIRACLE

FRERES ENNEMIS

UNE ANNEE POLAIRE

LA VITA POSSIBILE

CAPHARNAÜM

GHOSTLAND

UNDER THE TREE

 

150. UNE FAMILLE ITALIENNE

THE CAKEMAKER

UTOYA, 21 JUILLET

MON TISSU PREFERE

QUE LE DIABLE NOUS EMPORTE

LES HERITIERES

GUTLAND

COMME DES ROIS

DONBASS

CLIMAX

SONATE POUR ROOS

LAST FLAG FLYING

LE RETOUR DU HEROS

VOLONTAIRE

PIG

FROST

CANDELARIA

CAS DE CONSCIENCE

AGA

LE PERE D'ITALIA

HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES

AMIN

LE DOSSIER MONA LINA

SUR LA PLAGE DE CHESIL

LES BONNES INTENTIONS

JOUEURS

UN COUTEAU DANS LE COEUR

TROIS VISAGES

VOYEZ COMME ON DANSE

LA FETE EST FINIE

MY LADY

GUY

L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE

THE RIDER

IL FIGLIO, MANUEL

LES GARCONS SAUVAGES

VENT DU NORD

LOLA ET SES FRERES

SAMI, UNE JEUNESSE EN LAPONIE

LA SURFACE DE REPARATION

UNE FEMME HEUREUSE

LES DESTINEES D'ASHER

JE VAIS MIEUX

MANHATTAN STORIES

LA PARTICULE HUMAINE

THE BOOKSHOP

STRONGER

THE LAST FAMILY

DOWNSIZING

THE CHARMER

 

200. THE BACCHUS LADY

EVA

INDIVISIBLES

L'ECHAPPEE BELLE

MOBILE HOME

A GENOUX LES GARS

BATTLESHIP ISLAND

FORTUNATA

L'AMOUR DES HOMMES

SAUVAGE

MALA JUNTA

NORMANDIE NUE

 PREMIERE ANNEE

A STAR IS BORN

GRASS

FRERES DE SANG

LES FILLES DU SOLEIL

OTAGES A ENTEBBE

LE CERCLE LITTERAIRE DE GUERNESEY

GALVESTON

LE GRAND JEU

PHOTO DE FAMILLE

DON'T WORRY HE WON'T GET FAR ON FOOT

RETOUR A BOLLENE

LES VERSETS DE L'OUBLI

LUNA

READY PLAYER ONE

SAUVER OU PERIR

LA BELLE ET LA BELLE

DARK RIVER

LA MORT DE STALINE

THE HAPPY PRINCE

LA CAMERA DE CLAIRE

DAPHNE

ZAMA

DOVLATOV

CARNIVORES

LE 13H17 POUR PARIS

L'AMOUR EST UNE FETE

GUEULE D'ANGE

ENGLAND IS MINE

WINTER BROTHERS

TOUCH ME NOT

BECASSINE!

MADEMOISELLE PARADIS

COEURS PURS

MADAME HYDE

CORNELIUS, LE MEUNIER HURLANT

LE JOUR DE MON RETOUR

ESCOBAR

 

250. GASPARD VA AU MARIAGE

MARIE CURIE

JESUS -PETIT CRIMINEL

UNE SAISON EN FRANCE

SI TU VOYAIS SON COEUR

 VOYAGE A YOSHINO

LE MONDE EST A TOI

IL SE PASSE QUELQUE CHOSE

PAUL SANCHEZ EST REVENU !

UNE PRIERE AVANT L'AUBE

MANIFESTO

MARIE MADELEINE

 NO DORMIRAS

HIGH LIFE

REVENGE

 

 

 

 

 

 

 

 


02/01/2019
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Consternation de l'amant (L'homme fidèle)

 

 

La petite musique de L'homme fidèle nous semble familière dès les premiers instants, notamment avec cette voix off qui vient commenter les états d'âme de son héros. Des voix off, il y en a même trois dans le film de Louis Garrel, qui emprunte les voies souvent trop évidentes du triangle amoureux. Le dispositif rappelle nécessairement la Nouvelle Vague d'autant que c'est principalement du cinéma en "chambre" où les dialogues tiennent la première place. Est-ce l'apport du grand Jean-Claude Carrière, toujours est-il que le deuxième long-métrage du ténébreux décoiffé se révèle bien plus abouti que son premier essai, Les deux amis. Il y a une touche de burlesque qui fait mouche et aussi un gamin, excellent d'ailleurs, qui vient mettre son grain de sel dans une histoire qui aurait pu tourner en rond (dans un triangle, ce serait le comble). On se laisse volontiers faire par le marivaudage de L'homme fidèle, avec ses petits coups de théâtre, ravi que le réalisateur-acteur se fasse élégamment manipuler par deux jolies femmes, avec son visage d'amant consterné, dès que l'une d'entre elles le fait plier. selon sa volonté. Si Lily-Rose Depp est encore un peu tendre, du point de vue du jeu, ce n'est pas du tout le cas de Laetitia Casta que l'on n'avait que rarement vue aussi épanouie et solide dans son rôle. Ajoutons le fait que Garrel ne prétend en aucun cas viser les sommets cinématographiques et montre une certaine humilité dans son propos jusqu'à avoir la politesse de ne pas s'attarder au-delà d'une et quart de projection. On ressort de ce moment espiègle et charmeur avec un certain contentement. Pas plus, mais pas moins.

 

 

Classement 2018 : 135/262

 

Le réalisateur :

 

Louis Garrel est né le 14 juin 1983 à Paris. Il a réalisé Les deux amis.

 


01/01/2019
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Le fils du retablier (Mon père)

 

La dernière fois que l'on a pu s'enthousiasmer pour le cinéma péruvien, c'était en 2006 pour Madeinusa, le premier long-métrage de Claudia Llosa, suivi trois ans plus tard de Fausta. Las, la réalisatrice a ensuite succombé aux sirènes américaines et commis un film oubliable, L'attrape-rêves. Mon père (Retablo), premier essai d'Alvaro Delgado Aparicio, redonne goût à ce cinéma andin dont le premier attrait est le dépaysement même si cela ne suffit évidemment pas à contenter tout à fait notre gourmandise de cinéphile. Ici, nous sommes bien en terre relativement inconnue : la langue quechua, des hauts-plateaux spectaculaires, des marchés aux couleurs chatoyantes et deux personnages principaux qui sont un fabriquant de retables (retablier ?) et son fils, qui apprend le métier à son contact. Serait-ce un simple film sur la transmission avec l'apprentissage d'un garçon de 14 ans, tiraillé entre l'attrait de cet artisanat et l'envie de se mêler davantage aux jeunes gens de sa communauté qui ne pensent qu'aux filles ? Oui, dans un premier temps, avant que ne surgisse le drame. Il faut une grande délicatesse à la mise en scène et beaucoup de subtilité à la narration pour ne pas enfiler les clichés attendus. Le parti pris de ne filmer que ce que voit son jeune héros est le bon, la violence et l'intolérance qu'il va rencontrer de même que la remise en question de son attachement filial (pour des raisons qu'il serait dommage de déflorer) sont autant d'aspects de sa maturation qui sont traités avec la distance et le tact nécessaires. L'émotion n'est pas bridée pour autant et surgit dans un dénouement tragique où la pratique de l'art du retable, comme tout au long du film, en dit bien plus long que bien des discours.

 

 

Classement 2018 : 51/261

 

Le réalisateur :

 

Alvaro Delgado Aparicio est né au Pérou. Il a réalisé 2 courts-métrages.

 


31/12/2018
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Une famille agitée (La vie comme elle vient)

 

Benzinho, en portugais, signifie Mon chéri. Le traducteurs du deuxième long-métrage du brésilien Gustavo Pizzi ont préféré le titre de La vie comme elle vient. C'est un peu passe-partout mais plutôt fidèle à l'esprit d'un film qui s'attache aux petits riens du quotidien d'une famille cependant assez agitée avec père, mère, 4 enfants dont des jumeaux sans oublier la soeur de la seconde, en instance de séparation, avec son propre rejeton. Tout cela donne un aréopage relativement bruyant qui n'aurait pas déparé dans un film italien au sens que l'on y entend plus de cris que de chuchotements. Le film s'éparpille un peu et on a parfois l'impression d'un assemblage de scènes bruyantes qui ont du mal à suivre un fil conducteur. Ce dernier, finalement, est constitué par la figure de la mère, très attachante, exubérante comme une mamma transalpine (encore !) mais aussi soumise à des coups de blues soudains. Il est vrai qu'elle n'est pas aidée par un mari velléitaire et des enfants insupportables, dont l'aîné qui ne va pas tarder à s'envoler vers d'autres aventures. Malgré ses aspects cahoteux et chaotiques, La vie comme elle vient ne manque pas de charme surtout que la mise en scène de Pizzi est loin d'être dénuée de talent, à certains moments, dans ses cadrages et ses compositions. Peut-être le film aurait-il cependant gagné à aller vers davantage de burlesque et/ou d'absurde en quittant son mode réaliste ? Tel quel, il lui manque un peu de densité pour séduire davantage.

 

 

Classement 2018 : 126/260

 

Le réalisateur :

 

Gustavo Pizzi est né au Brésil en 1977. Il a réalisé Craft.

 


30/12/2018
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Maître et servante (Monsieur)

 

Monsieur s'inscrit avec bonheur dans un nouveau courant de films indiens féministes qui a notamment donné La saison des femmes, Déesses indiennes en colère et même le merveilleux The Lunchbox. Et c'est par le biais de la comédie romantique, dont elle réinterprète les codes, que Rohena Gera parvient à montrer combien le poids des préjugés et des traditions continue d'entraver les désirs et le destin des femmes de Bombay, Delhi ou Calcutta. Et pourtant, le système des castes a été officiellement aboli, mais pas dans les mentalités, les familles ou la société. Comment imaginer, en effet, une histoire d'amour heureuse entre un maître et sa servante, même quand un doux sentiment se développe entre deux âmes mélancoliques ? C'est vrai que Monsieur se place du côté de la tendresse et de la tolérance et n'évoque que peu la violence et la misère du pays. Exact aussi que le portrait du maître manque d'aspérités et lui donne un aspect un peu trop lisse de prince charmant. Mais peu importe, on s'attache avant tout aux pas de cette domestique, qui se rêve créatrice de mode, et se sacrifie pour que sa soeur ait une vie meilleure que la sienne. Une belle personne, sans contestation, mais une battante aussi, qui déteste l'injustice et n'hésite pas à s'exprimer. C'est par petites touches que Rohena Gera fait progresser son intrigue, délicatement, comme une couturière qui fait preuve de doigté et fignole les détails, sans se hâter. Un travail d'artisanat qui passe par une fluidité discrète de la mise en scène, un beau sens du cadrage et un montage remarquable, respectant le temps des scènes sans pour autant les étirer. Et en donnant aux silences et aux regards toutes leurs significations. Le dénouement est un peu trop optimiste et pas crédible ? Et pourquoi donc ? N'est-ce pas Shakespeare qui écrivait que nous sommes de l'étoffe dont sont faits les rêves ?

 

 

Classement 2018 : 18/259

 

La réalisatrice :

 

Rohena Gera est née en 1973 en Inde. Elle a réalisé un documentaire.

 


28/12/2018
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Cochon qui s'en dédit (Pig)

 

Comme Valley of Stars, son surprenant film précédent, Pig, signé Mani Haghighi, se nourrit de genres très différents et le mélange, assez explosif a priori, n'est pas aussi détonant qu'attendu. Mais au moins, Haghighi tente et assume cette volonté rebelle et iconoclaste qui n'a pas grand chose à voir avec ce que l'on croit, à tort, constituer l'essence du cinéma iranien (néo-réaliste, contemplatif et psychologique). Avec ses tee-shirts dédiés aux groupes de Heavy Metal, le héros de cette pochade parfois adolescente qu'est Pig n'a rien de conventionnel. Interdit de tournage par les autorités, il assiste impuissant aux meurtres en série de ses amis réalisateurs, de plus en plus jaloux de ne pas figurer parmi les victimes. Sujet rock'n roll que Haghighi illustre avec une pincée de gore mais sans véritablement jouer à fond la carte du thriller. Il semble plus intéressé par la satire du petit monde du cinéma en Iran, avec ses metteurs en scène égocentriques, tout en s'attaquant à la censure de son pays, avec une certaine insolence d'ailleurs. Mais ce sont surtout les réseaux sociaux, aussi nuisibles en Iran qu'ailleurs, qui sont l'objet principal de son courroux. Il pousse le bouchon un peu loin dans la caricature mais c'est la signature du film tout entier qui est marquée par ce goût de l'excès, que ce soit dans le réalisme, l'onirisme ou l'absurde. Cochon qui s'en dédit semble marteler le cinéaste qui effectivement a réalisé un film bien imparfait, moins drôle qu'espéré mais suffisamment perché pour qu'on le regarde avec intérêt.

 

 

Classement 2018 : 158/258

 

Le réalisateur :

 

Mani Haghighi est né le 17 juillet 1969 à Téhéran. Il a réalisé 7 films dont Valley of Stars.

 


27/12/2018
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Rivière sans retour (Bird Box)

 

Ce n'est pas pour voir le énième film de survie dans une nouvelle fin du monde. Non, c'est pour Susanne Bier, cette cinéaste danoise qui enchaîna au début des années 2000 Open Hearts, Brothers et After the Wedding. Mais ça, c'était avant. Avant de tourner en Amérique des longs-métrages très inégaux voire même d'une médiocrité sans nom (Serena). La voici donc chez Netflix avec Bird Box et son sujet qui sent fort le réchauffé. Mais bon, on peut toujours espérer que Susanne ait retrouvé la main et mette un peu de sa sensibilité dans une recette nouvelle pour elle. Il y a effectivement de bonnes choses dans le film, notamment cette tension perceptible dès les premières minutes avec ce jeu sur deux époques éloignées de plusieurs années qui ne nous cachent pas qu'il va se passer de drôles de choses entre les deux. D'un côté, un huis-clos suffocant, de l'autre une fuite en barque pour un remake de Rivière sans retour. Reste qu'au bout d'un certain temps, voyant que nous n'aurons aucune explication sensée aux causes de l'apocalypse, pas plus que dans l'identification du danger, la patience commence à manquer. Et cela ne s'arrange pas avec un gros trou narratif entre les deux périodes évoquées. De là à soupçonner le scénario de paresse intellectuelle, il n'y a pas loin. Et prendre le spectateur en otage avec deux enfants menacés n'est pas précisément faire preuve de finesse. Enfin, voilà, cela se regarde sans difficulté mais on est loin, bien loin, des meilleurs films de Susanne Bier. Pas de regret de ne pas l'avoir vu au cinéma, donc. Mais à part pour Cuaron et les frères Coen, est-ce que cela a déjà été le cas dans la programmation de Netflix, quand on cherche avant tout des films d'auteur dignes de ce nom ?

 

 

Classement 2018 : 128/257

 

La réalisatrice :

 

Susannne Bier est née le 15 avril 1960 à Copenhague. Elle a réalisé 16 films dont Open Hearts, Brothers et After the Wedding.

 


26/12/2018
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Born to be Wilde (The Happy Prince)

 

Dandy des lettres, provocateur au verbe haut et à la morgue cynique, Oscar avait tout pour choquer la prude Angleterre. Born to be WIlde ! Et son homosexualité, c'était l'assurance de gros ennuis et d'une inéluctable déchéance. C'est cette dernière partie de la vie de l'écrivain irlandais que Rupert Everett a choisi de conter dans The Happy Prince, entre Dieppe, Naples et Paris. Un parti pris qui permet d'éviter les raccourcis d'un biopic mais qui l'oblige cependant à toute une série de flashbacks servis dans un grand désordre. Encore heureux que certaines scènes nous montrent le succès de l'auteur de pièces raffinées et caustiques car sinon l'esprit si vif et acéré de WIlde serait totalement absent d'un long-métrage qui insiste douloureusement (et avec complaisance ?) sur sa disgrâce. Rupert Everett, qui a joué avec infiniment de talent dans les adaptations d'Un mari idéal et de L'importance d'être constant, n'hésite pas à parler de parcours "christique" concernant la chute d'Oscar Wilde. Peut-être, en effet, mais cela n'empêche pas de trouver que le cinéaste s'est un peu égaré dans un exercice narcissique où le réalisateur s'efforce de faire briller l'acteur, se rendant à peine compte que l'exercice est autant narcissique que terriblement pathétique, à certains moments (la comparaison avec Mort à Venise se fait naturellement). Ce portrait d'Oscar Wilde, sous couvert de plaidoyer pour la tolérance et la liberté, est assez triste et peu flatteur, en définitive, et semble un prétexte pour flatter l'égo de son auteur.

 

 

Classement 2018 : 222/256

 

Le réalisateur :

 

Rupert Everett est né le 29 mai 1959 à Burnham Deepdale (Grande-Bretagne). Il a joué dans une quarantaine de films.

 


24/12/2018
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